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14 décembre 2006     dernière mise à jour : 8 mai 2016     Lucas     2 messages etour rubrique Les dossiers Robinsons


L’exode de Lucas

Rappelé après une demande d’information sur les saunas et les éoliennes sur la boîte contact,

J’écris ces quelques phrases par un beau matin de cet hiver qui ne nous a pas épargné. Fraîcheur précoce puis sans relâche, se sont succédés les pluies, le froid et la neige. Ce matin il fait très beau, le soleil est présent et le meilleur reste à venir.

Un très beau temps aussi, je me souviens, a accompagné mon premier vrai rendez-vous avec ce coin. C’était un bon présage, que je m’étais dit. Il n’y a pas très longtemps en somme, puisque mon exode s’est produit au mois d’avril, il y a quelques années...

Je faisais sûrement ma révolution du 21e siècle et surtout mon entrée dans la trentaine. Je lâchais mon appartement, mes 3 cartes de « crédit fidélité », ma carte d’abonnement de stationnement centre-ville, liquidais mes quittances diverses et variées. Les couvertures sociales seraient transférées plus tard.

La veille j’avais remis quelques effets à mon entreprise et ma voiture de fonction avait été rendue une semaine auparavant. Il paraîtrait que les fonctions commerciales n’ont pas à justifier de présence pendant le mois de préavis. Donc, j’en avais profité pour trouver un break rapide et économique et faire un grand tour chez les dépôts ventes. Je n’avais plus trop le temps pour les petites annonces et j’ai aussi fait profiter les amis de gadgets divers et très variés de ma vie citadine de col blanc…

Les amis, le cercle n’étaient pas trop loin : 100 Km maximum, ce n’est pas le bout du monde. Et ç’est avec un sourire hilare que j’ai pris la route plein nord et une heure et demi plus tard j’étais dans mon bois près de ces murs à retaper. J’avais des bonnes notions de la rénovation, et l’envie m’était aussi venue en aidant quelques fois mon oncle en Corse. Cette fois ci, il serait de la partie de temps en temps, ses outils et son groupe électrogène en permanence et on avait programmé la fin de travaux pour le mois de septembre. Inch Allah.

Au programme sur cette cabane de 22m2 au sol. Là, le toit, une poutre à changer et une dizaine de m² de vieilles tuiles à restaurer complètement. Puis les 20 m² de plancher gondolé de l’étage à évacuer et à remplacer, réaliser l’isolation de la toiture, plâtrer « rustiquement » les murs à l’étage et rénover l’enduit à la chaux au rez-de-chaussée. Enfin, installer le conduit du poêle puis rénover la chape, y fixer des lambourdes, isoler et poser à nouveau un plancher. Cela paraît très simple une fois fini.

Le temps passa vite aux rythmes des journées remplies, des week-ends paellas, Chili et grillades pour les amis venus à la rescousse partager mon rêve en se retroussant les manches et en plantant des igloos verts ou bleus sur l’herbe jaunie. Des moments très sympas de convivialité et de partage, mais qui allaient inévitablement s’espacer avec la fin de la belle saison. De son côté la construction de la cabane avançait parfois plus vite que l’on aurait pu l’imaginer, parfois cela stagnait faute de matériaux à portée. Mais j’avais pris la bonne résolution de de ne plus compter ce temps qui nous file sans retenue entre les doigts. Bouger, rénover, bâtir mais sans les aiguilles de cette montre qui me perçaient sans relâche le cerveau.

Fin septembre, j’étais installé et j’évacuais la caravane qui m’avait servi de logis pendant quatre mois. Nous avions même posé les nouvelles fenêtres et réalisé une ouverture et un coin douche avec une grande partie réalisée en panneaux double vitrage, des étroits et hauts et un panoramique : ma télé à moi. Les toilettes sont restées dans le cabanon installé pendant le chantier.

J’avais des réserves d’eau naturelle par récupération et au besoin 6 jerrycans de 20 litres qui restaient à poste dans le break. Deux batteries de poids lourds et le groupe étaient logés dans une niche (Le solaire est arrivée en 2004). Une lampe Coleman, un auto radio lecteur de cassettes, 4 lampes 12 V et une cuisinière gaz étaient mon seul confort. Sans oublier le poêle que j’avais choisi, vitré par besoin de présence et de lumière supplémentaire.

Il était temps de plonger dans ma nouvelle vie. Je savais qu’il me fallait faire des concessions pour être libre. Je choisissais l’indépendance à défaut d’anarchie. Je n’oubliais pas que j’utilisais le système : routes, poste, réception FM, secours si besoin en était et un tas de choses pour lesquels il fallait, je savais d’avance, préserver au maximum l’intégrité de mon choix. Ma première règle fut de ne plus rentrer dans une grande surface. Pari tenu avec les marchés, les commerçants, les marchés aux puces, les petites annonces et je l’avoue : une liste tous les deux mois remis à mon ami restaurateur lors de ses approvisionnements. Je n’ai pas dopé le marché asiatique pendant ces quelques années hormis pour l’achat d’un téléphone portable et actuellement d’un ordinateur lui aussi portable qui me permet aujourd’hui sur ma terrasse de taper ce message et d’acheter de l’occasion. Ma deuxième règle était de rester indépendant vis a vis des services de l’état et des ragots de villageois en travaillant dans un premier temps dans la rénovation puis en tant que livreur. Des métiers rudes des fois mais enrichissants. Je rêvais de créer dans la petite ville proche au bout des inlassables kilomètres qui longeait les berges de ma rivière si bucolique, mon café littéraire rempli d’ouvrages, de BD d’occasions et ouvert aux débats et aux projections.

Cet hiver là fut long, aux débuts les contacts rares, les moments de solitudes réguliers mais je gardais en permanence l’impression de vivre mon aventure. Les amitiés se sont créées, souvent provoquées par un parcours similaire, des accès aux réseaux artistiques chaleureux surprenants de compétences et de convictions . Cela dit et contrairement à ce que prétend Renaud : les femmes ne préfèrent pas la campagne et les rudesses du climat dès lors ou l’on dépasse les 400m d’altitude ont raison des initiatives de certaines d’entre elles. Mesdames, de vigoureux et créatifs célibataires sont dans nos bois et au coin de la cheminée l’hiver, un Gallimard à la main, des ex citadins qui ont choisi les rythmes plus naturels de nos campagnes.

Mais la fusion avec la nature est bien là, chez moi, lors des randonnées, des visites dans les fermes délabrées, les petits palaces abandonnés des anciens soixante-huitards ou des parties de pêches à la mouche ou aux écrevisses. Les choses toutes simples et la beauté du lieu aussi me font dire que lorsque le pli est pris, on est vraiment pas mal dans les bois.

ruine au fond des bois -  voir en grand cette image

Et cette pensée me revient systématiquement lorsque je rentre des voyages des pays chauds que je fais à un moment de l’hiver et de passer l’ultime virage qui va libérer ma petite vallée des collines proches et l’offrir enfin à mon regard et aux sourires.

Lucas

PS : je recherche une éolienne de voilier d’occasion. Merci de contacter le site en attendant qu’ils inventent une bourse de troc...

D’autres témoignages très attachants dans les dossiers robinsons.






Messages

  • Un destin pris en main, qu’est tu devenu Lucas. Est tu heureux. Sans carte bleu ? J’espère que oui. C’est grisant cette fuite, j’espère que tu n’as pas laissé du monde en chemin. Gem.

  • Bonjour ! Félicitations Lucas pour avoir réussi cet exode, ce changement de vie radical ! Je suis vraiment fan de ce genre d’aventures... J’espère pouvoir réaliser ce rêve d’ici quelques années... Un petit terrain, un chalet à 7000 €, un branchement eau/électricité et éventuellement téléphone, et une voiture toute simple. Parce que bon, j’ai tenté de "faire la révolution" politiquement parlant, c’est un échec. Alors je pense maintenant que pour changer les choses, il faut commencer par se changer soi-même ;)

    Vive la liberté ! A très bientôt.

    Antonin "Troll"

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