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Cabanes de Chasteaux, une victoire fragile pour les hébergements alternatifs

27 janvier 2026 27 janvier 2026 Les Cabanes 29 vues Pas de message

Une cabane d’abord bricolée, puis consolidée. Une toiture refaite avant l’hiver. Un poêle. Un sentier qui se dessine à force de passages.

Il y a des histoires qui ne commencent pas par un projet, encore moins par un permis. Elles commencent par un terrain, un bois, une clairière…

 Par quelqu’un qui reste. Puis un autre. Rien de spectaculaire. Juste du temps et des gens qui passent et parfois restent..

En Corrèze, sur la commune de Chasteaux, un ensemble de cabanes s’est ainsi installé, lentement, sans plan d’ensemble, sans promoteur, sans panneau de chantier. Pas un “projet” au sens administratif du terme, mais une occupation progressive, assumée, vécue. Une manière de faire avec ce qu’il y a, là où on est. C’est le village du Lavandou

Pendant longtemps, ces cabanes ont existé dans un angle mort. Ni reconnues, ni vraiment inquiétées. Elles faisaient partie du paysage, au même titre que d’autres formes d’habitat discret, souvent tolérées tant qu’elles ne dérangent pas, tant qu’elles restent hors radar. Mais le temps passant, la visibilité augmentant, le climat change.

Car ce que le droit tolère parfois par silence finit souvent par redevenir un problème à traiter.

La question de la légalité s’est imposée. Zonage, urbanisme, autorisations absentes, constructions sur des terrains non prévus pour accueillir de l’habitat. Le langage administratif a repris ses droits. La mairie a engagé des démarches, puis le conflit s’est cristallisé. Ce qui, pour les habitants des cabanes, relevait d’une présence ancienne, enracinée, est devenu pour l’institution un ensemble d’irrégularités à corriger.

 

Il n’y a rien d’exceptionnel là-dedans. C’est le scénario classique de l’habitat alternatif en France : ce qui naît dans les marges finit toujours par rencontrer le mur du droit. La cabane, parce qu’elle échappe aux catégories habituelles, devient vite un objet suspect. Trop légère pour être reconnue, trop durable pour être ignorée.

Des photos et posts de presse locale (notamment sur les pages liées au journal La Montagne) montrent que le dossier a beaucoup occupé l’attention du maire et de certains habitants.

La justice saisie et un dénouement contre toute attente. 

L’affaire a donc fini devant la justice. Une procédure engagée pour obtenir la suppression des constructions, le retour à l’état initial des terrains. Pour les habitants, l’enjeu dépassait largement les murs et les toitures : il s’agissait de défendre des années de vie, de travail, de présence quotidienne. Défendre le fait d’être là, tout simplement.

Le tribunal judiciaire a rendu sa décision en première instance. Et contre l’attente la plus courante dans ce type de dossier, il n’a pas ordonné la démolition. La raison n’est pas idéologique, ni militante. Elle est juridique : la prescription. Le temps écoulé depuis l’implantation de certaines cabanes a pesé. Trop tard pour agir sur certains fondements. Trop tard pour effacer ce qui est déjà là depuis longtemps.

Pour les habitants, ce jugement a été vécu comme une respiration. Pas une victoire triomphale. Plutôt un répit. Une reconnaissance minimale, mais réelle, que l’histoire ne pouvait pas être réécrite comme si rien n’avait existé avant l’ouverture du dossier.

La mairie ne comprends la décision avec les moyens engagés, le renfort du préfet et les constats d’huissiers. Elle mettra en place une charte CONTRE LA CABANISATION

Nous proposons un résumé de cette charte sur le forum

Les conclusions de ces démêlés judiciaires 

Il faut être clair : cette décision ne constitue pas une jurisprudence au sens fort. Elle a été rendue en première instance. Elle ne lie pas les autres tribunaux. Elle ne protège pas toutes les cabanes, ailleurs ou demain. Elle peut être contestée en appel. Elle n’est pas un bouclier général.

Mais ce serait une erreur de n’y voir qu’un détail technique.

Car ce que ce jugement raconte, en creux, c’est autre chose. Il raconte que le droit n’est pas toujours un rouleau compresseur. Qu’il arrive, parfois, qu’il hésite. Qu’il bute sur le réel. Qu’il reconnaisse que le temps transforme les situations, que l’usage crée une forme de légitimité, même fragile, même imparfaite.

Ce jugement dit aussi quelque chose du rapport de force. Les cabanes n’avancent jamais par grandes lois ni par décisions historiques. Elles avancent par petites brèches. Par des dossiers qui ne se terminent pas comme prévu. Par des démolitions qui n’ont pas lieu. Par des procédures qui s’enlisent. Par des juges qui regardent autrement.

Ce n’est pas une victoire définitive.

Mais ce n’est pas rien.

C’est un signal pour celles et ceux qui vivent déjà en cabane, et pour ceux qui y pensent. Un rappel que la lutte ne se joue pas uniquement dans les textes, mais dans la durée. Que tenir, rester, habiter, construire lentement, peut parfois compter autant que convaincre.

L’histoire des cabanes de Corrèze n’est pas close. Elle ne règle pas la question de l’habitat léger en France. Elle n’offre aucune garantie pour l’avenir. Mais elle montre une chose essentielle : même sans jurisprudence consacrée, même sans décision d’appel, chaque affaire laisse une trace. Et ces traces, mises bout à bout, finissent par dessiner autre chose qu’une simple anomalie à corriger.

Elles dessinent une manière d’exister.
En marge, peut-être.
Mais bien réelle.

Vivre en cabanes? Chance ou risques pour le milieu naturel?

Bien entendu, ce type de démarche — villages de cabanes, autonomie, permaculture — ne s’adresse pas à tout le monde. Elle suppose une vraie capacité d’intégration dans un milieu rural vivant, avec tout ce que cela implique : contraintes, usages, saisons, voisinage humain et non humain. Ce n’est pas un décor, c’est un équilibre.

Il serait d’ailleurs profondément maladroit, voire dangereux, d’encourager ce genre de virage chez des personnes animées par une vision hors-sol ou une mentalité colonialiste, avec des certitudes plaquées sur des territoires qui ne leur appartiennent pas. Les zones agricoles ou protégées ne sont pas des pages blanches. Elles sont habitées, travaillées, transmises. Elles portent des traditions d’agriculture, de chasse, de pêche, des savoir-faire discrets mais essentiels, que l’on ne peut ni ignorer ni balayer au nom d’une idéologie verte mal digérée.

De notre côté, même si cela peut paraître paradoxal, ces initiatives de vie à faible impact écologique ne peuvent exister que sous une forme limitée, presque sous une appellation contrôlée. Tant que le phénomène reste marginal, il est soutenable. S’il devait s’étendre à grande échelle, à des franges beaucoup plus larges de la population, il produirait immanquablement des désordres écologiques, sociaux, voire culturels.

L’équilibre de nos sociétés repose justement sur cette tension : accepter et protéger des formes de retour à la terre, sobres et conscientes, en contrepartie d’une majorité de personnes vivant dans des zones à forte densité, où l’impact est mutualisé, concentré, régulé — tant bien que mal.

Et puis il y a l’autre réalité, plus sombre, dont on parle trop peu : ces lieux « créés » puis abandonnés. Des personnes qui s’installent avec de grandes intentions, puis repartent en laissant derrière elles une nature souillée, des déchets, des traces, comme si la forêt était un espace provisoire, sans mémoire ni conséquences. C’est précisément contre cela que ces démarches devraient lutter.

Vivre léger n’est pas un slogan. C’est une responsabilité. 

Pour aller plus loin:

Une article sur ces cabaneurs en Corrèze

Ils vivent en cabane avec deux enfants du côté de Brive La Gaillarde

Photo:  Frédéric LHERPINIERE

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